Guy Braun - Graveur & Peintre
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Bataille L5S1

Mode d’emploi

Voici un petit texte paru dans la revue Pages Insulaires N° 22 décembre 2011.
Cette réflexion peut servir de mode d’emploi pour comprendre les grands burins se rapportant aux armures.

Pouvoir se faire comprendre est une occasion à ne pas manquer.

Il y a quelques années déjà, je réalisais une série de gravures armé de l’outil le plus archaïque qui soit : le burin si cher à mon professeur Albrecht D. Cette série me valut un prix, mais jamais une seule vente. A y réfléchir, il n’y a là rien d’étonnant. Pour qui ne baisse pas les armes du jugement rapide, ces gravures sont impénétrables. Leurs titres (Anatomie I, etc.), pourtant, voulaient révéler le cliché. Ces anatomies sont des autoportraits. Elles fonctionnent comme des talismans. Elles se composent d’une fraction d’armure guerrière et d’une partie radiographique de l’intérieur de l’artiste !

Elle résultent par conséquent d’un va et vient entre le dehors et le dedans, entre le musée des Invalides (sic) et le cabinet d’images médicales. Comme bien d’autres, il me fallut combattre les faiblesses d’une charpente défaillante. Dans ces moments là, l’artiste s’impose, il ne s’agit pas de faire beau, mais de se battre pour ne pas laisser filer le temps qui reste.

Alors l’association des deux clichés prit son sens. Invincible cuirasse, il te faut soutenir ces os usés. Burin incisif contrains cette manière noire usée par le brunissoir. Positif et négatif, ne faites plus qu’un cliché.

Plus tard, devant les premiers tirages, il m’apparut évident que cette idée n’était pas le fruit du hasard. Elle trouvait son origine dans un troisième niveau d’anatomie, la remise des images fondatrices. Ainsi donc mes gravures continuaient la discussion commencée par Albrecht Dürer et je cheminais aux côtés du « Chevalier et la mort ». Cette découverte me ravit.

Enfin, plus récemment, lors de la Deuxième Nuit de l’estampe, place Saint Sulpice à Paris, j’exposais à nouveau cet ancien tirage. Pour éclairer un visiteur, j’expliquai le double titre de ce burin, Anatomie I, L5S1. Prenant du recul, l’amateur d’estampe me regarda en souriant : « Cela m’étonne, car croyez-moi, je ne vois là rien de bien grave. Je suis chirurgien » !

Cette bataille-là était, pour un temps, gagnée.

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Anatomie1

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Anne Mounic | | Temporel.fr